Le postulat essentiel
La croissance économique repose sur un fondement physique. Chaque économie moderne dépend d’une énergie fiable, de transports, de logements, d’eau, de communications et d’une industrie productive. Ces systèmes sont construits à partir de produits de base et soutenus par des infrastructures.
L’acier et l’aluminium sont parfois qualifiés de matériaux matures. Cette description confond ancienneté et pertinence. Ils restent essentiels car le développement économique exige un stock physique. Les villes ont besoin de bâtiments et de réseaux de transport. L’industrie a besoin d’énergie et de logistique. L’agriculture a besoin de machines, de stockage et d’accès aux marchés. Les infrastructures numériques nécessitent électricité, matériaux de construction et réseaux en expansion.
La demande évolue à mesure que les économies mûrissent, mais le besoin de capacité physique ne disparaît pas. Il se déplace de la construction initiale vers l’expansion, le remplacement, la résilience et de nouvelles formes d’infrastructures.
Une demande qui se transforme, pas qui disparaît
Les perspectives actuelles sont constructives plutôt qu’euphoriques. La World Steel Association anticipe une croissance modeste de la demande mondiale d’acier en 2026, puis une accélération en 2027. Elle décrit une demande mondiale qui dépasse une période d’ajustement structurel, l’Asie en développement et l’Afrique constituant des sources de croissance importantes.
L’Afrique occupe une place particulièrement significative. Worldsteel prévoit une croissance de la demande d’acier africaine de 3,8 % en 2026 et de 4,6 % en 2027, soutenue par l’urbanisation, le développement des infrastructures et la diversification économique. L’Inde demeure le marché de l’acier majeur à la croissance la plus rapide, porté par les infrastructures, l’expansion ferroviaire, la construction et une activité industrielle en hausse.
Les perspectives de l’aluminium et des autres métaux industriels sont également soutenues par des usages traditionnels et émergents. La Banque mondiale prévoit une hausse de 17 % de son indice des prix des métaux et minéraux en 2026, citant une offre tendue et une demande soutenue des industries établies comme de nouvelles sources de consommation.
Il ne s’agit pas d’affirmer que chaque produit de base connaîtra une hausse continue ni que les cycles ont disparu. Il s’agit de reconnaître que le besoin structurel d’approvisionnement en matériaux demeure intact, alors que les nouvelles mines, systèmes énergétiques, voies ferrées et ports deviennent de plus en plus difficiles et coûteux à développer.
La croissance doit être construite
Le produit intérieur brut est une mesure imparfaite, mais une croissance réelle et durable du PIB demeure indispensable. Elle élargit la base économique à partir de laquelle salaires, emploi, recettes publiques, investissement et services essentiels peuvent progresser. Sans croissance, les débats sur la répartition deviennent trop facilement des débats sur un ensemble figé.
La croissance seule ne suffit pas. Sa qualité, sa durabilité et sa répartition comptent. La productivité compte. Les institutions comptent. Les performances environnementales et sociales comptent. Mais les économies ne peuvent améliorer durablement le niveau de vie par la seule répartition. Elles doivent aussi accroître leur capacité productive.
Nous pensons qu’une croissance durable du PIB est l’un des moyens les plus efficaces d’élargir les opportunités dans chaque économie, y compris dans les nations hôtes où sont développés des projets majeurs.
C’est pourquoi les infrastructures et les produits de base doivent être considérés ensemble. Un gisement minier sans énergie, transport ni accès au marché n’est pas un actif opérationnel. Un port sans industrie productive a une valeur limitée. Un développement intégré peut transformer une dotation en ressources en une plateforme économique plus large.
Nations hôtes et valeur partagée
Pour les nations hôtes, l’opportunité dépasse la seule extraction d’un produit de base. Des projets bien structurés peuvent soutenir l’emploi, les compétences, les recettes fiscales, les revenus d’exportation et des infrastructures qui servent d’autres usagers. Les capacités énergétiques, routières, ferroviaires et portuaires peuvent réduire les coûts à l’échelle d’une économie et améliorer la compétitivité des entreprises locales.
Le rapport Africa Economic Update de la Banque mondiale souligne qu’une croissance et une création d’emplois plus fortes exigent que l’investissement, les infrastructures, les compétences, le financement et les marchés régionaux fonctionnent comme les composantes d’un système plus large. Il souligne également que la politique industrielle ne réussit que lorsque la mise en œuvre est réaliste et que les institutions sont compétentes.
C’est une précision importante. Le développement des ressources ne produit pas automatiquement une prospérité étendue. Les projets doivent être commercialement viables, correctement gouvernés et reliés au reste de l’économie. Les régimes fiscaux doivent être durables. Les infrastructures doivent fournir des services fiables. La participation locale doit renforcer les compétences plutôt que satisfaire un objectif temporaire.
Un modèle de développement constructif
Marquis considère que le développement responsable des ressources doit aligner les intérêts des investisseurs, des sociétés opérationnelles et des nations hôtes sur le long terme.
- Discipline commercialeLes projets doivent pouvoir soutenir l’investissement à travers les cycles des produits de base et du financement.
- Infrastructures intégréesL’énergie, la logistique et l’accès au marché doivent être développés comme composantes du système économique entourant l’actif.
- Capacité opérationnelleLe capital doit s’accompagner d’une gestion, d’une gouvernance et d’une exécution technique adaptées.
- Valeur économique localeL’emploi, les compétences, les achats et les infrastructures partagées doivent renforcer l’économie hôte.
- Alignement de long termeDes partenariats stables ont plus de valeur qu’une optimisation de court terme par un seul acteur.
L’électricité renforce la thèse
L’intensité matérielle de la croissance ne se limite pas à la construction traditionnelle. L’Agence internationale de l’énergie prévoit une croissance de 3,7 % de la demande mondiale d’électricité en 2026, soutenue par l’industrie, la climatisation, les centres de données et l’électrification.
La croissance de l’électricité nécessite production, transport, distribution et stockage. Ces systèmes requièrent de l’acier, de l’aluminium, du cuivre, de l’énergie et de vastes travaux de génie civil. L’économie numérique n’est pas immatérielle. Elle repose sur un fondement physique en expansion.
Les risques demeurent réels
Une perspective de long terme favorable n’élimine pas les risques cycliques ou d’exécution. La Chine reste centrale pour de nombreux marchés de produits de base. Les restrictions commerciales peuvent réorienter les flux. Des coûts de financement élevés peuvent retarder le développement. Les autorisations, l’adhésion des communautés et les contraintes d’infrastructures peuvent retarder l’offre. Des projets mal structurés peuvent détruire de la valeur même lorsque la thèse macroéconomique est juste.
Ces risques appellent à la sélectivité, non au retrait. Les positions les plus résilientes seront probablement des actifs à longue durée de vie, avec une économie opérationnelle compétitive, des infrastructures crédibles et des structures de capital capables de résister à la volatilité.
Le point de vue de Marquis
Les produits de base restent essentiels car la croissance reste essentielle. Le monde a toujours besoin de plus d’énergie, de transport, de logement, de capacité industrielle et d’infrastructures résilientes. Les économies en développement doivent constituer un stock productif. Les économies avancées doivent le renouveler. Les nouvelles industries ajoutent des besoins supplémentaires plutôt que de remplacer les anciens.
Notre perspective est donc positive, mais disciplinée. Nous privilégions les actifs majeurs susceptibles de s’intégrer à des plateformes opérationnelles intégrées, de soutenir une activité économique de long terme et de contribuer à la capacité productive de leurs nations hôtes.
La croissance n’est pas garantie. Elle doit être financée, construite et exploitée. Les produits de base comptent parmi ses intrants les plus fondamentaux.